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ment si disposée à l’approuver ; elle qui, dans sa propre vie, ne s’était en somme appuyée que sur ces rares heures de bonheur.

Ne sachant quoi ajouter, elle aurait déjà voulu trouver un prétexte pour s’en retourner.

Jacqueline l’avait enveloppée dans un long regard divinatoire et perquisiteur. Et sans transition, sous l’explosion d’une révolte de sa pensée :

— « Toi aussi, Marcelle, tu crois que j’aime le docteur Verneuil ? » lui avait-elle dit en allant se jeter plutôt que s’asseoir à ses côtés.

Oh ! cette fois, comme l’ancien diapason s’y trouvait ; comme c’était bien la note intime et sincère d’autrefois qui avait repris de vibrer entre elles doucement. Marcelle n’avait pu réprimer un sourire heureux, moins à cause de la naïveté de la question, qu’à cause du saisissement de joie qui venait de la parcourir comme une caresse, en reconnaissant combien elles étaient toujours sœurs. Se contentant d’approuver d’un simple signe affirmatif de la tête, elle reprit avec une expression amusée du regard :

— « Et toi, Jacqueline, tu le crois bien un peu aussi ? n’est-ce-pas ? »

— « Non, Marcelle ; je ne le crois pas. »

— « Malgré l’opinion de tout le monde ? »

— « Malgré l’opinion de tout le monde, »… Elle avait réfléchi un instant… « Est-ce tout le monde, vrai, qui le croit ?… C’est aussi le sentiment de ta famille ? »

— « Mais oui ; jusqu’à ce bon vieux de Beaumont,