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DANS L’INDE.

possède un cocotier, vit à son ombre, vit de ses fruits. Ils vont demi-nus, avec grâce et lenteur, souriant aux passants, peignant éternellement leur chevelure d’un peigne d’écaillé blonde. A toutes les fontaines, des baigneurs s’ébattent ou flânent dans la fraîcheur, dans l’ombre verte des feuillages. Population heureuse, paresseuse existence qui fait songer au divin poème de Tennyson, aux pâles mangeurs de lotos, tout entière passée dans la sieste et la rêverie. Leur religion est digne d’eux, toute simple et calme. Elle ne porte pas aux mouvements passionnés du cœur comme le christianisme, elle ne conduit pas à l’écrasante méditation métaphysique, aux rites tyranniques, aux pratiques folles comme le brahmanisme de l’Inde. Certes, il y a de la grande métaphysique dans le bouddhisme et que les prêtres cinghalais connaissent. Elle n’inquiète pas le peuple. Vivre paisiblement, s’incliner le soir en jetant les grandes fleurs de frangipane aux pieds du Bouddha souriant, la religion ne leur commande rien d’autre. L’homme est très doux ici, très alangui, dominé par l’accablante nature, par le soleil de feu, par la regorgeante végétation. Il ne se révolte pas, il ne lutte pas contre le développement indifférent et rival des choses. Point de combat tragique, nul effort pour vivre, rien de ce déploiement de volonté par lequel L’homme affirme sa dignité et se pose comme une