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CHAPITRE XIV

Le corbeau de la rivière Rouge


Dès que Sylveen se sentit dégagée des mains brutales qui lui meurtrissaient les chairs, elle partit comme une flèche. S’imaginant entendre les pas d’un sauvage derrière elle, la jeune fille courut jusqu’à ce que les forces lui manquassent. Alors elle s’assit. Son cœur battait violemment. Elle essaya d’apaiser ses palpitations et de recouvrer le courage avec le sang-froid. Elle ne savait ni où elle était, ni à quelle distance du camp l’avait emportée sa course. Le seul parti qu’elle eût à prendre était de chercher à se cacher jusqu’au jour. Par malheur, le sol était bas et marécageux. Si légers qu’ils fussent, ses pieds enfonçaient dans la boue ; et, pour ajouter à ses maux, la bise du nord soufflait avec force. Sylveen marcha, en grelottant, pendant le reste de la nuit, et, au lever du soleil, atteignit, enfin, un terrain sec, planté d’herbes et d’arbustes. Trempée d’eau et de transpiration, elle se laissa tomber sur la mousse où bientôt, vaincue par ses fatigues, elle s’abandonna au sommeil, malgré les périls qui l’entouraient.

Le soleil avait franchi son méridien, quand elle s’éveilla. Ouvrant lentement les paupières, il lui sembla apercevoir deux petites étoiles qui flamboyaient devant elle comme des diamants. Qu’était-ce ? Il y avait en elles une insurmontable puissance de fascination. Encore engourdie par le sommeil, Sylveen ne put, d’abord, définir ces apparitions. Elle continua de fixer les yeux sur elles avec une sorte de plaisir