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MÉMOIRES D’OUTRE-TOMBE

J’obtins la faveur que M. Philipon demandait : il me remercia par un billet qui prouve, non la grandeur du service (lequel se réduisait à faire garder à Chaillot mon client par un gendarme), mais cette joie secrète des passions, qui ne peut-être bien comprise que par ceux qui l’ont véritablement sentie.

« Monsieur,

« Je pars pour Chaillot avec ma chère enfant.

« Je voudrais vous remercier, mais je sens les mots trop froids pour exprimer ce que j’éprouve de reconnaissance ; j’ai eu raison de penser, monsieur, que votre cœur vous suggérerait d’éloquentes instances. Je suis sûr de ne pas me tromper en croyant qu’il vous dira que je ne suis point ingrat et qu’il vous peindra mieux que je ne le ferais le trouble de bonheur où votre bonté m’a mis.

« Agréez, je vous en prie, monsieur, mes très-sincères remercîments et daignez me croire le plus affectionné de vos serviteurs,

« Charles Philipon. »

À cette singulière marque de mon crédit, j’ajouterai cet étrange témoignage de ma renommée : un jeune employé des bureaux de M. Gisquet m’adressa de très beaux vers, qui me furent remis par M. Gisquet lui-même ; car enfin il faut être juste : si un gouvernement lettré m’attaquait ignoblement, les Muses me défendaient noblement ; M. Villemain se prononça en ma faveur avec courage, et dans le journal même des