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ET LES JOURS

en temps, ça le distrairait. Voyez comme on s’entend bien tous les deux.

Pierre embrasse Eugénie, la comble de caresses.

— Je sais bien qu’il serait mieux ici qu’avec moi d’un bord et de l’autre, mais de le voir ça m’encourage au travail.

— Si vous changez d’idée, je le prendrai volontiers. Il pourrait coucher dans ce petit lit.

Eugénie est tourmentée par ce souvenir. Elle essaie de détourner la tête pour le chasser, mais elle n’en a plus la force. La sueur inonde l’oreiller sous sa tête. Elle revoit le petit lit à barreaux blancs, recouvert d’un sommier de grand luxe et surmonté d’un ciel de lit en mousseline. Caroline ouvre de grands yeux.

— Couchez-le dedans pour qu’il fasse un petit somme pendant que vous travaillez.

Plusieurs fois, la pauvre Caroline quitte son travail pour venir admirer « son prince » qui dort sous une courtepointe de soie bleue. Bientôt, Pierre appelle indifféremment Eugénie et Caroline du nom de maman.

— Le petit sans-cœur, je cré qu’il aimerait autant rester avec vous. Et qu’est-ce que maman deviendrait sans son petit prince ?