Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/89

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

naissaient pas ? Il renouait connaissance, déclinait leurs noms, leur généalogie, leur parlait de leur métier. Il fallait se rendre à l’évidence : c’était un ami. Il avait en interrogeant un sourire d’enfant assuré qu’on va satisfaire sa curiosité. Toute sa personne révélait un homme plein de complaisance envers lui-même. Quand il tenait à donner une haute opinion de sa personne, il parlait de son ami, le député, de son cousin, professeur à l’université.


Ce soir-là, il voulait nous intéresser et réussissait admirablement le contraire.

— Allez nous chercher du cognac, Loignon, dis-je en lui tendant un billet.

Interrompu au milieu de son discours, il prit le billet mais ne bougea pas de sa chaise. Il allait reprendre le fil de son interminable aventure.

— Dépêchez-vous ! Voyons Loignon, vous savez que les débits ferment tôt maintenant.

Il comprit que nous voulions nous débarrasser de sa présence. Il ravala cependant l’humiliation et se contenta de dire en riant :