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François le retrouvait partout où il allait. Il fut d’abord importuné, mais Loignon persévéra. Bonneville s’habitua bientôt à ce compagnon forcé et même l’utilisa. Devant moi, il secouait faiblement son joug. Je m’étais aussi habitué à lui et quand il n’était pas là, le soir, nous nous surprenions à nous demander ce qu’il pouvait bien faire.

Bientôt, averti de notre présence par le reflet des lumières, il accourait de toutes ses jambes.

Il ne pouvait être seul un moment. En montant dans un wagon, Loignon plaisantait déjà avec le contrôleur. On ne résistait pas à son bagout, à ses histoires. Le genre humain était son ami. Il allait cependant d’instinct aux prêtres ou aux religieuses. Le prêtre voulait-il se remettre à son bréviaire, Loignon avait l’art de lui délier la langue. Il s’informait toujours du nom et de l’adresse de ses victimes. Et deux ans après la rencontre, de passage dans la municipalité où habitait son « ami », il allait lui rendre visite. « Comment vont les enfants et leur charmante maman ? » s’informait-il. Les gens ne le recon-