Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/83

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ger. Au mur de cette seconde pièce, au-dessus d’un bahut de chêne, un grand miroir la reflétait dans la pénombre. C’était comme la présence immobile, derrière la glace, d’une évocation féminine d’une époque désuète qui nous écoutait. Des mots tendres se formaient dans sa gorge, bombaient un instant sa lèvre supérieure, puis s’élançaient dans l’air. Je la voyais de profil, son cahier à la main et la tête tournée vers le piano. Elle ne voulait pas avoir l’air de chanter pour Bonneville et pour moi. Il la pria de reprendre un extrait d’Orphée. Sur la dernière note, elle se tourna vers nous.

— Je pourrais continuer toute la nuit, dit-elle.

— Je pourrais vous entendre toujours, répondis-je.

Elle chanta une églogue. Je songeais à Watteau et il me semblait la voir, la pénombre et le miroir aidant, au temps des fêtes galantes.

Je ne trouvai qu’un remerciement banal. Bonneville répétait :

— C’est magnifique, vraiment magnifique.