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CHAPITRE VIII


J’avais naguère rencontré Armande quand sa famille était le but de nos sorties du dimanche. Elle était empâtée et ventrue et paraissait destinée à n’être jamais belle. Je m’étais trompé. De cette chrysalide informe était sortie une femme d’une beauté envoûtante. Au repos elle eût pu inspirer un grand amour romantique ; mais dès qu’on l’entendait parler et rire on s’apercevait qu’elle n’avait rien d’une femme de 1830. Elle était enjouée, moqueuse, cruelle dans ses réparties.

En la voyant, j’eus la sensation de l’avoir aimée déjà puis perdue. Et s’il se fût agi d’une femme que j’avais connue et quittée, j’eus compris que mon sentiment en une seule entrevue eût pris cette ampleur. Mais c’était une inconnue ou presque.