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J’ai eu très jeune la préoccupation de la gloire. Je désirais par elle échapper à mon démon intérieur. C’était un avant-goût de cette évasion que me donnaient les conversations avec Georges. Pour atteindre mon but, je me dépouillais de tout ce qui n’était pas moi. Je m’isolais, me purifiais, goûtant à l’avance le néant de tout. En apparence respectueux des conventions, exigeant des autres qu’ils s’y conforment, je m’imposais d’y passer outre pour me montrer au-dessus d’elles et comme moyen de me singulariser.


Une jeune actrice que j’avais admirée dans le rôle-titre de Scampolo fut le sujet de mon premier poème. Fermant les yeux, je revois la feuille blanche, ornée en son milieu d’une étroite bande de caractères bas et pointus. Je déchirai peu après cette page, croyant sans doute à ce moment avoir acquis une manière plus virile. Ce fut le tourment de mon adolescence que cette débilité, ce caractère informe de tout ce que j’écrivais.