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et le second au-dessus de la pharmacie Chamel, les meubles anciens, les pièces envahies par l’ombre dès quatre heures de l’après-midi ; la grande salle, où, dans un aquarium, elle élevait de curieux poissons chinois, la cave de la villa, rue Davis, les pommiers crochus dont je pouvais sans assistance atteindre les plus hautes branches. Chaque matin, après le petit déjeûner, j’étais conduit à sa demeure où j’avais mes jeux et une resserre pleine de jouets.

Ma tante était à cette époque dans la maturité et elle n’avait pas d’enfants. Son visage replet rayonnait la bonté par tous ses plis. Elle avait les larmes faciles et, quand elle racontait une histoire, elle faisait toutes sortes de grimaces pour s’empêcher de pleurer. Elle chantait aussi de vieilles ballades que plus tard, et jusqu’à l’âge de quinze ans, je ne pouvais entendre sans une forte émotion. Je ne puis dire que la musique m’était nécessaire. Et aujourd’hui encore, je me plais beaucoup plus au théâtre. Mais ma tante tenait à m’apprendre à déchiffrer une partition au piano.