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sans avoir à vous rendre de comptes comme un enfant.

Grand’mère intervenait pour défendre son fils. Elle avait passé sa jeunesse à la caisse du magasin et joué un rôle important dans le progrès de la maison. Tout en grognant, mon grand-père le reconnaissait. Quand, naguère, forcé de s’occuper de placements, il devait se rendre à la ville c’était elle qui le remplaçait. Maintenant, privée de toute activité, s’ennuyant de la conversation des clients, elle buvait du thé en s’intéressant au va-et-vient de la rue. Je n’existais pas plus pour elle que pour mon grand-père. Quand elle ouvrait la porte de l’escalier, elle pouvait entendre le pas des commis descendant à la cave. Elle supputait le sucre renversé, le vin qui s’échappait goutte à goutte de la canule, le coût des légumes restés trop longtemps sur la terre fraîche. Ses préoccupations étaient restées celles des petits négociants.

— Vous buvez trop de thé, lui disait ma belle-mère, vous deviendrez aveugle.

Elle s’arrêtait un instant, la tasse en l’air, pa-