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CHAPITRE II


Nous habitions, rue Principale, un vaste plain-pied de seize pièces, situé au-dessus du magasin et des entrepôts, ayant deux entrées sur la rue. Depuis que mes grands-parents vivaient avec nous, l’aile située à l’étage de l’entrepôt était inoccupée. Enfant, je m’aventurais parfois, quand j’étais seul, dans cette partie de la maison qui m’attirait par son mystère. J’avais l’impression en pénétrant dans ces salons et ces chambres en enfilade, aux meubles recouverts de housses, de m’avancer dans un rêve. Je m’y attardais peu, imaginant ces pièces tendues d’embûches destinées à révéler mon indiscrétion. Ma belle-mère y faisait parfois ouvrir les fenêtres pendant quelques heures, mais ces vieux meubles que j’admirais ne voyaient jamais d’humains. Ma vocation poétique date de l’époque où j’allais y rêver.