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Mai approchait de sa fin. À chaque retour de cette saison, si longtemps attendue, je sentais en moi un tel bouillonnement de vie, une telle précipitation de mon sang que mes activités habituelles s’interrompaient. Sur ma table, s’accumulait le travail ; tout était débordé par la sensualité envahissante. Je passais mes journées dans la campagne à rêver.


Au bord de la rivière, il y avait des nuées de moustiques blancs. Ils recouvraient les murs des maisons, les clôtures, les arbres ; ils collaient à mes vêtements, m’entraient dans les yeux, la bouche et les oreilles. Le vent du large les poussait vers la ville. Le soleil était très beau. Dès la sortie de la ville, les moustiques se faisaient plus rares. Au delà du chemin de fer, il n’y en avait plus. Je m’asseyais près d’un bosquet de tilleuls.

Cette vie nouvelle qui m’envahissait semblait à mesure se retirer d’Armande. Elle restait étendue dans une chaise longue, au soleil, sur le toit de la maison, aménagé en terrasse. Loin d’elle,