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— Il y a quelqu’un d’autre, dit-elle enfin en me regardant dans les yeux.

— Je le sais, lui dis-je ému. C’était faux, mais j’étais incapable de réfléchir, encore moins de parler sensément.

— Ah ! vous le savez.

Ma réponse sembla la déconcerter. Elle avait préparé cet aveu difficile et découvrait tout à coup qu’elle ne m’apprenait rien. Elle aurait préféré que je l’interroge, que je me défende. Il fallait m’écrier : « Mais je vous aime, moi aussi. » Elle voulait maintenant tout reprendre, recommencer autrement. Mais je ne lui en laissais pas le loisir. Ses paroles m’avaient d’abord paru inspirées par le désir de me faire souffrir, maintenant j’y discernais un secret dessein. Mais j’étais trop profondément humilié pour concentrer mon attention sur ce problème. Si j’avais été moins occupé à ne pas paraître souffrir, j’aurais pu m’occuper d’elle et j’aurais sans doute moins souffert. Elle m’échappait entièrement. Je ne voyais que moi, je me composais une contenance. Je n’entendais ses mots que dans un