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et demandais aussitôt pardon à Dieu de cette pensée.

Je dois dire que cette angoisse s’atténua dès que je commençai à écrire. Écrire devint pour moi un remède. À quinze ans, la difficulté à vaincre, le travail appliqué, la conscience de réussir me tenaient lieu d’inspiration. Mais mon problème restait intact. Je voulais écrire quelque chose, créer hors de moi-même. Je ne manquais pas d’imagination et j’avais toutes sortes de pressentiments. Mais mon regard était tourné en dedans. Non que la nature me fut indifférente, mais elle ne me distrayait pas de mon angoisse. Elle y ajoutait même. Peu à peu mon angoisse s’était précisée, s’était muée plutôt en un remords de laisser passer le temps sans agir. Agir, je ne demandais que d’agir. Mais mon action portait sur un monde intérieur et les résultats étaient lents à venir.

Ainsi, le sentiment de mon inutilité, en dehors des heures que je consacrais à la poésie conciliait et mon inquiétude angoissée et le sentiment de l’écoulement des êtres et des choses. Cette in-