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Être vide, être nul serait tolérable si l’on n’en était pas conscient.

J’étais une sorte de désert qu’aucune humidité ne rendrait fécond. Tout n’y faisait que passer, semences aussitôt recouvertes de sable et conservées intactes, mais stériles.

Cette grande inquiétude qui s’était emparée de moi, ou plutôt qui ne m’avait jamais quitté et qui atteignait tout à coup son paroxysme, je l’avais appelée l’ambition. Avait-elle un autre nom ? Ou si tel était son nom n’avait-elle pas un sens que jusqu’ici je n’avais pas perçu ? Car tout a un sens et il est impossible qu’un homme, en s’y appliquant avec méthode ne le découvre pas.

Mon problème immédiat avait été de me délivrer de moi-même. À douze ans, je ne me faisais aucune illusion sur ce désir, plus fort que tous les autres, plus impératif, plus lié à ma personne. Chargé d’inquiétude religieuse, à un âge où les autres s’amusent sans arrière-pensée, je ne savais pas jouer. Préservé de toute tentation de la chair, mais troublé dans mon esprit, j’avais