Page:Charbonneau - Fontile, 1945.djvu/141

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

des jeunes gens, moins de liberté et moins de générosité. Il y subsiste toujours un sentiment d’inégalité qui va grandir avec les années, causer des frictions, des divisions, même la haine. On quitte des amis, sans cesser de les aimer, parce que, par certains côtés, ils vous sont devenus insupportables. Le besoin de sincérité, à l’égard du travail et des défauts d’autrui, coïncide à quinze ans avec le besoin d’absolu ; dans la lutte pour la vie, ce besoin nous paraît contaminé au contact de mobiles moins nobles.

Depuis quelque temps, Bonneville ne manquait aucune occasion de faire devant moi des comparaisons humiliantes. Il avait une certaine façon de laisser tomber une de mes questions, comme s’il ne l’avait pas entendue, qui me faisait sentir tout le ridicule de l’avoir posée. Je m’étais trop attaché à lui, à sa manière de penser, pour ne pas en souffrir cruellement. Il tranchait dans l’absolu, où je ne voulais ni ne pouvais le suivre. Je reconnais que j’avais moi-même passé par cette phase. Mes échecs m’avaient appris qu’aucune idée, si grande fût-elle, ne pou-