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éveille plutôt dans ma mémoire le souvenir familier de hautes bottes brunes, maculées de boue, que dépassent des bas de laine grise à grosses côtes, le fusil de chasse à double canon, le gilet de velours à côtes brun. Je pourrais retracer le sentier balisé, aujourd’hui disparu, que mon grand-père suivit au cours d’une tempête terrible, tramant le corps de son père sur un traîneau. L’avenue de l’église et le cimetière ombragés d’ormes séculaires ne sont pas séparables dans ma topographie intime d’un petit vieillard à canne, l’ancien hôtelier Laroudan, aux chaussures fendillées aux phalanges, à l’éternel chapeau melon et au cigare.

Fontile c’est encore l’odeur d’huile de baleine sur la rivière, au retour de l’étude du soir, la pléthore de jouets et de bonbons dans les montres de la pharmacie Chamel…

Mes sentiments à l’égard de Fontile sont complexes. Ces aspects de ma ville natale, cette succession de visages familiers, de souvenirs liés à des maisons, à des bouts de rues, d’images enregistrées au cours de mon enfance et de mon ado-