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Dans sa robe de taffetas noir, laissant les bras et le haut de la gorge découverts, Armande évoluait avec Simon Barrois sous les suspensions de cristal. Comme une divinité incarnée, dont le charme n’opère avec toute sa force que sur ceux que sa présence a pour but de perdre, elle avait envoûté trois ou quatre jeunes gens, dont André Laroudan. À voir leur insistance à l’entourer quand l’orchestre se taisait un moment, je ne doutais pas qu’ils n’eussent le dessein de la revoir. Le sentiment de l’admiration qu’elle soulevait sur son passage la rendait plus brillante.

Quand nous dansions ensemble, l’effort que je faisais pour ne pas succomber à l’impulsion de la presser sur mon cœur, m’empêchait de la regarder. Je vivais à mi-chemin entre elle et moi, incapable de la retrouver en moi et impuissant dans cette foule à communiquer comme je le voulais avec elle. Dans cet état de tension, l’inflexion de sa voix, un geste, les mots les plus ordinaires, interprétés par mon cœur, allaient grossir les réserves dont je vivrais pendant les jours suivants. J’y découvrais avec volupté des