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prit qui révolutionne l’existence jusque là bien assise de l’homme mûr. « Il a raison », pensa Georges. Sylvie, dans cette période d’incubation de la passion, avait pris la forme en Georges d’une fièvre virulente. Il ne se possédait plus. Comme un adolescent, il voyait la jeune femme en filigrane dans toutes ses pensées. Elle se jouait au-devant de lui dans son travail, il la retrouvait dans ses promenades dans la campagne et jusque dans les choses. Quand il laissait la pensée de la jeune femme envahir son imagination, des images allègres, pimpantes se levaient en lui, volées de cloches dans le matin, brasillement de midi sur les vagues, images calmes, rutilantes où n’entrait aucun érotisme. Le mal s’aggrava dans les jours qui suivirent. Et pourtant, ses sentiments à l’égard de Jeanne, des enfants n’avaient pas changé. Il les englobait encore dans le bonheur presque religieux qui le portait. Dans cet état d’euphorie, il ne croyait leur faire aucun tort. Non ! Même s’il les délaissait un peu. Il s’agissait d’une allégeance sur un autre plan, d’une allégeance de l’esprit. Il n’était encore touché qu’à la pointe de son être, mais il pouvait déjà pressentir que bientôt son âme elle-même et toute son activité seraient atteintes. Il allait jusqu’à