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regard. Et, tout-à-coup, devant lui se dresse un homme de haute taille, un marteau à la main, l’œil homicide. Georges, médusé, sent qu’il perd de précieuses secondes à examiner son agresseur comme si les détails qu’il observe avaient une importance plus grande que sa sécurité immédiate. L’homme, dans la quarantaine avancée, porte un complet bleu marine qui fait paraître plus bleu l’éclat de son regard ; il a la lèvre mince, le nez recourbé et fin, les souliers déformés par un défaut qui porte son pied à rouler en dehors en marchant. Après une brève hésitation, l’homme bondit dans sa direction et Georges plonge dans le bois de sapins rouges, se déchirant à des milliers de piolets. Dans un autre cauchemar, il courait rue Amherst, en direction de l’arrêt de tramway de la rue Cherrier où, enfant, il avait été témoin d’un vol de sac à main qui avait fortement ébranlé sa sensibilité. Derrière le feuillage se dressait la bibliothèque municipale et la rangée de façades obliques qui jouxtent le petit square, rue Sherbrooke. Et, tout aussi soudainement que dans les autres visions, au sommet de la côte où il arrivait hors de souffle, surgissait son agresseur.