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PREMIÈRE PARTIE


Georges Hautecroix suivait un étroit sentier de terre battue dans une pinède. Les conifères, longs et effilés — si serrés les uns contre les autres que le soleil ne traversait pas leurs têtes — tenaient à un sol rougi sous plusieurs couches superposées d’aiguilles pourries et rouillées. Et la lumière dans ces maillons de verdure prenait l’aspect d’une brume vaporeuse à travers laquelle apparaissait la masse des arbres. Il avançait toujours au pas de course. Bientôt les arbres s’espaçaient et il se retrouvait au pied d’une rue montante, où toutes les maisons, situées du même côté de la chaussée, étaient vides, ouvertes au vent et à la pluie de tous leurs carreaux éclatés. Une ampoule oubliée illuminait lugubrement des tessons de bouteilles au fond d’une cabine téléphonique éventrée. Tout indiquait une évacuation précipitée des lieux, à la suite d’une épidémie, pensa-t-il. Un ciel bas, fuligineux colorait la rue d’une lueur fauve. Il marchait lentement vers le sommet de la côte qu’un rideau de hautes herbes dissimulait au