Page:Chantreau - Dictionnaire national et anecdotique - 1790.djvu/127

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

sent peu ce dont nos agioteurs sont capables !… Écoutez sur-tout ce pauvre diable de rentier qui n’a que 45 liv. à recevoir, & à qui l’on présente un billet de caisse de 200 liv. : Ah ! Monsieur, s’écrie-t-il d’une voix que les sanglots étouffent ; ah ! Monsieur, si j’avois eu à vous rendre, je ne me serois pas traîné jusqu’ici. Pourquoi n’avez-vous pas fait de petits billets ? Je vais mourir de faim contre les vôtres. — Eh ! mon ami, c’est le repentir d’en avoir fait des gros qui nous empêche d’en faire des petits. Nous étions perdus si nous eussions commis cette bévue, & ce peu de monnoie de cuivre que l’avidité de nos marchands d’argent dédaigne, ils nous l’auroient enlevé. Nous étions sans espoir, au lieu que bientôt — que m’importe ton bientôt, répond l’homme aux 45 liv., si quand il arrivera je ne serai plus. La situation de ce bon homme consterne toute ame qui n’est point celle d’un marchand d’argent, mais les circonstances qui l’ont produite pouvoient en amener de pire encore.

PAROLE : dans l’ancien régime, le don de la parole étoit le don des phrases. Il y avoit des paroliers en titre d’office comme il y avoit des perruquiers. Ces ceux communautés avoient leurs jurés & leur tableau. On n’étoit retranché de celui des perruquiers qu’en cas de vente ou de décès, mais on rayoit du tableau des paroliers celui qui étoit parvenu à se rendre digne d’y être inscrit. Ce statut étoit bizarre ; cette communauté en avoit de plus bizarres en-