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s’amoncellent les eaux du fleuve pour se faire jour à travers les montagnes de grès qui semblent s’opposer à son passage.

Le nom de Thouéri se retrouve dans les écrits des auteurs grecs comme étant celui d’une divinité égyptienne. On lit dans le Traité d’Isis et d’Osiris que, parmi les partisans de Typhon, qui, abandonnant leur chef, se réunirent au dieu Horus, on comptait Thoueris, ΘΟΥΗΡΙΣ[1], concubine de Typhon, ἡ παλλακὴ τοῦ Τυφῶνος. La parfaite ressemblance des noms ne laisse aucune espèce de doute sur l’identité de la déesse représentée dans les bas-reliefs égyptiens sous la forme d’une femme à corps d’hippopotame, animal essentiellement typhonien, et cette concubine de Typhon, mentionnée par Plutarque. Le même auteur rapporte aussi une tradition égyptienne, d’après laquelle Horus tua et mit en pièces un serpent qui poursuivait Thouéri, lorsque cette déesse eut abjuré la cause de Typhon[2]. Ce serpent était Typhon lui-même, puisque les sculptures égyptiennes nous montrent d’habitude ce dieu malfaisant sous la forme d’un reptile gigantesque constamment nommé Apop ou Apoph, l’Apophis des auteurs grecs.

Jablonski, présumant un peu trop de ses connaissances en langue copte, crut pouvoir, en l’absence de tout autre document sur la déesse Thouéris, arriver à connaître les attributions de ce personnage mythique en analysant étymologiquement son nom propre. Il s’imagina donc que Θούηρις n’était qu’une simple transcription du mot égyptien ⲑⲟⲩⲣⲙⲥ, Thouris, employé dans les livres coptes pour désigner le vent du midi, et que cette divinité représentait symboliquement ce vent brûlant qui, connu sous le nom de Khamsin, soulève des tourbillons de poussière, obscurcit la lumière du jour et dessèche le sol de l’Égypte.

Mais cette hypothèse, qui ne repose sur aucun fait démontré, se trouve démentie par les monuments égyptiens eux-mêmes. On voit en effet que, dans le nom de Θούηρις, la finale σ n’est qu’une désinence purement grec que, et nous démontrerons dans l’explication de quelques planches subséquentes, que la Thouêri des égyptiens n’était qu’une forme secondaire de la déesse Natphé, et n’avait aucune espèce de rapport avec les vents méridionaux.

  1. Ὅτι πολλῶν μετατιθεμένων ἀεὶ πρὸς τὸν Ὧρον, καὶ ἡ παλλακὴ τοῦ Τυφῶνος. De Iside et Osiride.
  2. Ὄφις δέ τις ἐπιδιώκων αὐτὴν ὑπὸ τῶν περὶ τὸν Ὧρον κατεκόπη. Ιdem, ibidem.