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celui des deux qui , voué aux lettres , et plus sou- vent solitaire , arraché à ses livres par son ami , reçoit de l'amitié ses distractions et ses plaisirs ; qui tous les jours épanche , dans un commerce chéri , lessentimens de tous les jours ; qui ne voit aucun moment de sa vie tromper les besoins de son cœur; enfin qui n'a jamais connu ce tour- ment de sensibilité contrainte , aigrie ou combat- tue , ce poison des âmes tendres , qui change en amertume secrète la douceur des plus aimables affections! De là, sans doute, dans M. de Sainte- Palaye ce calme intérieur , cette tranquille éga- lité de son âme, qui , manifestée dans les traits et dans la sérénité de son visage, intéressait d'abord en sa faveur , devenait en lui une sorte de séduc- tion , et faisait de son bonheur même un de ses moyens de plaire. Ainsi s'écoulait cette vie for- tunée , sous les auspices d'un sentiment qui , par sa durée, devint enfin l'objet d'un intérêt général. Combien de fois a-ton vu les deux frères, sur- tout dans leur vieillesse , paraissant aux assemblées publiques , aux promenades , aux concerts , atti- rer tous les regards, l'attention du respect, même les applaudissemens ! Avec quel plaisir, avec quel empressement on les aidait à prendre place, on leur montrait, on leur cédait la plusctmimode ou la plus distinguée! triomphe dont leurs cœurs jouissaient avec délices ; triomphe si doux à voir , si doux à peindre! car, après la vertu ^ le spec- tacle le plus touchant est celui de l'hommage que

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