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furieux… je lui fais des misères… elle se met à pleurer… moi, je ne sais pas résister à ses pleurs d’abord, mais n’importe, je prends mon courage à quatre mains, et je lui dis bravement : Mademoiselle, vous avez écrit à Grévin !… Elle me dit que non… je lui dis que si, et que j’ai vu la lettre ! Ah !… eh bien, croiriez-vous que je n’ai jamais pu faire avouer à cette obstinée-là qu’elle avait écrit à Grévin ?… Oh ! c’est menteur, ces petites filles !… Et puis, faut-il qu’elle soit godiche de se mettre à avoir des idées pour un gueux comme ça ?… car c’est un gueux, Grévin, savez-vous, un vrai gueux, un plat gueux, pas autre chose qu’un gueux ! Si, encore autre chose, un enjoleux. Et je ne veux pas qu’elle soit malheureuse, moi, parce qu’enfin c’est une brave fille, et c’est elle qu’a soigné ma pauvre mère dans sa dernière maladie, pendant que j’étais garçon de ferme, à cinq lieues d’ici ; et ces choses-là ça ne s’oublie pas ; aussi si jamais… je ne te dis que, ça… vois-tu, Denise… Voyons un peu si elle a fait ce que je lui ai dit.

Il rentre dans la grange.


Scène III

CATHERINE, FANCHETTE.


Elles entrent bras dessus, bras dessous, par le fond à gauche.


FANCHETTE.

Et alors donc, vous me disiez ?…


CATHERINE.

Je vous disais que je voudrais devenir une madame.


FANCHETTE.

Et moi donc ! si je pouvais trouver un riche parti, pour me dédommager un peu de feu mon époux !


CATHERINE.

Tu l’aimais bien, pourtant…


FANCHETTE.

Sans doute, mais ce n’était qu’un paysan. Crois-moi, ma chère, n’épouse jamais qu’un homme huppé.