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faire tout leur ménage, durant plus de vingt mois. La salle et le salon de Mme Wédeux deviennent le mess des docteurs. Il suffit de percer une ouverture dans le mur de séparation ⁁des deux propriétés, et les deux maisons se trouvent à quelques mètres l’une de l’autre.

Ce commandant est un homme fantasque. Pour un rien il se met dans un⁁e état de colère folle : c’est un agité. Je me demande si parfois ses colères ne sont pas factices ; il m’intéresse.

Toute la journée il me harcèle d’ordres : « Mr le maire, ordre de remettre immédiatement au planton, douze poires bonnes à manger. » Je réponds que je n’ai pas de poires. Je constate aussitot sur la physionomie du soldat qu’il prévoit la colère du commandant. Quand j’arrive à cinq heures, le commandant me crie, furieux : « Pourquoi n’avez-vous pas donné de poires ?  — Parce que je n’en ai pas. Les soldats ont pillé les jardins, nous n’avons pas de