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la splendeur d’aimer

 
Et l’impassible roi des êtres et des choses,
Le soleil éternel, flamba sur l’univers.
Il baignait largement de lumière dorée
La terre, humble débris de son foyer lointain,
Il en faisait jaillir par ce tiède matin
La chanson de la vie enivrante et sacrée…


le poète



Inutile réveil ! Dans l’ombre de mon cœur
J’écoutais résonner tes dernières paroles.
Comme au soir de l’adieu, mon âme ardente et folle
Voyait luire tes yeux d’amour et de douleur
Et je me souvenais ! Ce jour-là, si la terre
Vibra comme une lyre à son premier éveil,
Je ne sais… Je n’ai pas contemplé le soleil
Et je n’ai point vers lui murmuré de prière,
Car le maître qui voit s’amasser et s’enfuir,
Ainsi que des flocons de brume, dans l’espace,
Depuis des milliers d’ans, le flot mouvant des races,
N’a jamais soupçonné notre orgueil de souffrir.
Sans y lire jamais nos chétives tendresses,
Il mire l’univers au globe de nos yeux,
Et le plus angoissant de nos cris de détresse
Expire au seuil d’azur du ciel silencieux.