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LES BELLINI.

sions découvrir au cours de cette longue collaboration.

Peut-être Gentile, qui conservait jalousement les traditions paternelles, ne vit-il pas sans quelque dépit son atelier déserté pour celui de Giovanni qui, précisément vers cette époque, s’était mis à la tête des innovateurs, précurseurs du xvie siècle.

Les deux chefs de l’école vénitienne étaient, en effet, profondément différents. Il est à peine croyable que deux artistes appartenant à la même famille, ayant reçu la même éducation, ayant subi les mêmes influences, aient pu suivre des directions aussi opposées. Le jeune Carpaccio était certes plus près de Gentile que son propre frère. L’opposition de style entre les œuvres des deux Bellini est un symptôme de l’individualisme développé par la Renaissance. Il serait sans doute difficile de trouver, avant le xvie siècle, deux peintres de la même école, dont les tempéraments s’opposent davantage.

Gentile nous apparaît, dans ses œuvres, comme un chroniqueur, à la manière de Froissart, alliant à une notation d’une scrupuleuse naïveté toute la fraîcheur d’une imagination éprise de légende.

C’est un primitif, dans toute la force du ternie ; son œuvre n’est profondément altérée par aucune action extérieure ; son esprit ne varie pas avec sa technique. Qu’il peigne à la détrempe ou à l’huile, que Mantegna ou Antonello de Messine prédomine, il n’en suit pas moins nettement la direction indiquée par son père, le chemin qu’en naissant il trouva tout tracé devant lui. Son voyage en