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Page:Cammaerts - Les Bellini, Laurens.djvu/27

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LES BELLINI.

firent naître les hommes, ou n’est-ce pas plutôt le génie de ceux-ci qui sut tirer parti des circonstances ?

En ce qui concerne l’histoire de la peinture vénitienne, au xve siècle, et le rôle prépondérant qu’y joua la famille Bellini, il semble régner un certain équilibre entre l’action des individus et les conditions dans lesquelles elle s’est produite.

Si Jacopo et ses fils avaient vécu un siècle plus tôt, il est peu probable qu’ils eussent dominé de la même manière les destinées artistiques de leur pays. Mais si, d’autre part, l’influence de l’art véronais et padouan ne s’était exercée que sur des peintres de deuxième ordre, au lieu de féconder la puissante originalité bellinesque, il est certain que l’école vénitienne n’eût pas brillé si tôt d’un tel éclat.

Le déterministe fera remarquer que l’esprit vénitien, tel que nous avons tenté de le définir plus haut, combatif, orgueilleux et mondain, était mieux disposé à accueillir l’art brillant et imaginatif de la période légendaire que l’art mystique de Giotto. La foi n’était pas plus tiède à Venise qu’ailleurs, mais la vague d’enthousiasme soulevée par les ordres mendiants ne s’y était pas autant fait sentir, et l’ancienne mosaïque byzantine s’y harmonisait encore, au xive siècle, avec le formalisme de l’Église officielle.

Ce procédé décoratif, ce dessin stylisé, se trouvait, au contraire, impuissant à traduire l’esprit réaliste du xve siècle. Le mosaïste ne pouvait sortir de l’Église pour conter, sur les murs du palais Ducal ou des Scuole, l’histoire de la ville, de ses héros et de ses saints. Ce rôle était réservé aux