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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/94

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VIE DE MÉLANIE

dit : « Pas encore, sœur de mon cœur ; mangez toute la fleur, et, en correspondant aux grâces divines, reproduisez en vous l’emblème de la violette. » En attendant, je sentais augmenter l’ardent désir de souffrir, puisque c’était tout ce que je pouvais faire pour manifester mon amour à l’Éternelle Charité ; et plus je me voyais vile, plus croissait ma gratitude envers mon Créateur, mon Rédempteur, mon guide, mon Pasteur, mon Maître, mon consolateur, ma vie, l’œil de mes yeux : j’aurais voulu mourir pour Lui et de son amour. Mais je me voyais si mesquine, si pauvre et sans vertu, si remplie de taches en mon âme, que j’avais honte de moi-même. Je compris que seule je ne pouvais rien pour acquérir le vivifiant amour de mon amoureux cher Jésus, qui prend racine dans l’humble foi d’où naît la pure charité et que tout doit être arrosé par le sang du divin Sauveur pour produire des fruits.

Tandis que je priais mon divin et amoureux Maître qu’il voulût bien. Lui, prier en moi et avec moi, je vis subitement passer dans mon intellect mon doux et cher Jésus portant une lourde croix et la tête couronnée de dures épines ; son corps sacré n’était qu’une plaie, le sang laissait une trace après lui, sa sainte face enflée