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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/88

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VIE DE MÉLANIE

cher, le plus aimable, le plus doux, le plus saint entre les plus saints.

Dans la désolation de mon esprit et abandonnée dans un labyrinthe, il ne me restait que la consolation de ma souffrance, bien persuadée que j’étais d’avoir mérité ces punitions par mes infidélités à tant de bienfaits gratuits du Tout-Puissant ; mais cette grandissime crainte et douleur d’avoir été cause de cet abandon (que je croyais total et final) me privait de cette consolation.

Je marchais dans un chemin de plus en plus impraticable, mais la dure et amère peine d’avoir été par ma faute délaissée, abandonnée de mon amoureux Frère absorbait toutes mes autres souffrances.

Arrivée à un endroit, j’entendis des bruits et des voix comme d’une foule de personnes qui étaient en fête, et je vis passer riant et chantant une tourbe de gens de toutes conditions, les uns à pied, les autres en voiture. Une partie de cette multitude confuse descendait à droite par une très belle route, l’autre descendait à gauche ; et toute cette foule, en passant près de moi qui peinais dans les épines et les croix, me critiquait, m’insultait ; on m’appelait folle, idiote, insensée,