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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/87

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VIE DE MÉLANIE

dans la plus complète obscurité, je ne voyais plus si je mettais les pieds sur les traces de mon Frère, je ne voyais plus même mon très aimé Frère ; et quoique bien fortement je tenais sa main, c’est à peine si je la sentais au commencement de cette bourrasque ; et peu après je perdis la sensibilité du toucher. Quelle peine, dans la crainte de m’égarer loin de mon amoureux Sauveur ! Par la peur de le perdre, je tenais, tout en marchant, le bras tendu et la main à demi fermée, comme quand je sentais la douce main de mon guide. Je ne puis dire quels étaient mes craintes et mes tourments. La peine dont je souffrais était si grande que je ne sentais plus le choc des croix ni les déchirures des épines : je craignais surtout d’avoir perdu mon amoureux Frère ; et dans les spasmes, les soupirs et les larmes, je me disais : Qui sait si, en tombant, je n’aurai pas abandonné la main de ma vie, ma joie et mon Bien ?… Et quand ? En quel moment m’est arrivée cette disgrâce de toutes les disgrâces ?… Si je l’appelle, il ne me répond pas… je l’appelle avec la voix, je l’appelle avec l’esprit, il ne me répond pas… Silence, toujours silence !… Il me semblait souffrir les peines de la mort pour avoir perdu le Frère le plus