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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/86

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VIE DE MÉLANIE

je laissai échapper la main de mon très aimable Frère. Voulant me relever seule, je retombai et les épines s’attachèrent à mes habits, et je ne voyais pas le moyen de sortir de là, parce que je m’étais arrêtée : je me voyais ensevelie sous les croix, petites et grandes, qui pleuvaient du ciel. Alors j’appelai mon Frère à mon secours ; il vint, me donna sa douce et puissante main et me porta au-dessus en me disant : « Il s’en faut de beaucoup que nous soyons arrivés, mais si vous voulez vous en retourner, vous peinerez moins. » Je lui dis : « Non, non, mon Frère, je veux venir avec vous. » — « Alors, me dit-il, tenez-vous fortement à moi. » — « Oui, lui dis-je, mais faisons ainsi : je marcherai derrière vous et là où vous aurez mis votre pied, je mettrai le mien. » — « Ma chère sœur, me dit mon Frère, vous avez deviné le secret ; marchons pendant qu’il fait soleil, marchons comme nous sommes convenus. »

Je ne me heurtais plus contre les croix, quoiqu’elles pleuvaient en abondance et que les épines fussent nombreuses et aiguës. Tout à coup le ciel fut enveloppé de noirs nuages, tandis que des croix grandes et petites continuaient à tomber comme une pluie torrentielle. Je me trouvais