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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/287

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VIE DE MÉLANIE

pensais que tout de même ces personnes qui me répugnaient tant avaient une âme et une âme à sauver par la foi pratique, et ils ne priaient pas, ou du moins je ne les ai jamais vus prier. La prière nous est nécessaire, elle est de précepte. « Peut-être qu’ils ne connaissent pas notre bon Dieu ! Mais pourquoi suis-je si petite ? si rien du tout ? Autrement je leur ferais connaître notre bon Dieu, je leur dirais combien il est bon, combien il nous aime tous. »

Lorsque je ne m’y attendais pas, je sentis et je vis que des pierres m’étaient lancées. Je regardai. C’était mon patron qui ramassait des pierres et me les envoyait sans miséricorde ; l’une vint me frapper sur la bouche et me fendit la lèvre supérieure qui mit longtemps à guérir [1] ; enfin une pierre à la tête m’étourdit et je tombai ; mais cela ne ralentit pas l’ardeur de mon patron qui voulait que je lui obéisse, et peut-être aurait-il continué si dans le loin, quelqu’un n’eût pas crié : « Oh ! assassin. Oh ! assassin, vous méritez que la justice vous pende. » Le soir on me dit de mener les bêtes à l’étable, et qu’après je devais toujours les faire paître à

  1. Ses incisives supérieures furent brisées par ce coup de pierre.