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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/270

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VIE DE MÉLANIE

me dépêcher de m’ôter de là. Je vais à l’étables ; mon Dieu que j’avais peur ! les vaches, non, les taureaux (c’est ainsi qu’on les appelait) mugissaient, frappaient des pieds et se débattaient à mesure que je m’en approchais. Alors je commence par faire sortir les chèvres afin que mon patron ne se fâche pas en voyant que j’allais trop lentement ; mais les vaches !… Enfin la fille de mon maître vint et me dit : « Allons, vite, dégourdissez-vous », et elle prit un bâton et s’entremit entre les vaches pour leur enlever leur chaîne ; et aussitôt elles prirent la course. Cette fille me dit : « Ayez toujours ce bâton à la main, autrement les taureaux vous mettraient en morceaux. » En traversant le village, j’étais l’objet de la curiosité ; les gens s’appelaient : « Venez voir la nouvelle bergère du Moine ». Les uns disaient : « Demain nous verrons encore une nouvelle figure » ; d’autres : « Mais les parents de ces pauvres enfants ne demandent donc pas d’information ? » Des personnes me dirent : « Pauvre petite, vous allez bien souffrir de la faim. Vous voyez ce verger ; il est à moi et il a beaucoup de fruits : je vous permets de prendre tout ce que vous pourrez manger. Si le garde vous dit quelque chose, vous