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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/266

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VIE DE MÉLANIE

que nous couchons dans le même lit ». Je lui répondis : « S’il plaît à Dieu » et je continuai ma prière. Un moment après, mon patron dit : « Oh ! petite, il faut vous mettre au lit ; autrement, j’éteins la lampe ». C’était la première fois que j’entendais la voix de ce vieillard. Je regarde le lit de sa fille : son frère était couché avec elle ; alors je demande où je devais me coucher. La vieille mère releva la tête de dessus son coussin et me dit : « Dans ce lit, avec mes deux enfants. Et dépêchez-vous, parce que l’huile de la lampe se consume. » Je répondis avec fermeté, en réunissant toutes les forces que j’avais malgré la peur que m’inspirait cette famille, que jamais de la vie je ne coucherais avec ses deux enfants, que ma religion me le défendait et que je mourrais plutôt que de désobéir à mon Dieu. Son mari cria : « Couchez-vous, sinon je vous tue » et il se mit à blasphémer comme un démon. Je tremblais de tous mes membres et je me recommandais de tout cœur à mon crucifié cher et aimable Jésus et à ma douce Maman. Bien sûr que sans la puissante grâce d’en haut, j’aurais désobéi à mon très aimé Frère, dans cette lutte assez longue de chaque jour jusque vers la Noël. Il est vrai qu’il y eut deux ou trois