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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/190

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VIE DE MÉLANIE

devant aller à Corps, elle dirait à mon père mon infidélité et mon vol. Quand je sus que mon cher père devait avoir ce grand déplaisir, je fus fort contristée parce que j’aimais beaucoup mon père… Pour lui épargner cette peine, la raison humaine me suggérait d’aller moi-même lui dire que j’étais faussement accusée, que je n’avais rien, rien volé, et mon père qui savait que je ne mens pas me croirait aussitôt !… Ah ! fille d’Adam !… Mais, d’un autre côté je pensais que mon père dirait à ma maîtresse que j’étais innocente et que si elle persistait à me croire coupable, il viendrait me prendre pour m’ôter de son service, que de cette façon je perdrais la fortune de mon âme et redeviendrais mendiante d’une bouchée de pâtir pour l’amour de mon cher Jésus crucifié. « Allons, me dis-je, mettons cette affaire dans les mains de mon bien-aimé ; je ne veux faire que sa sainte volonté. » Mes maîtresses me regardaient de travers et ne cessaient de me dire des paroles injurieuses. Je pensais que si je n’avais pas, par miséricorde de Dieu, commis ce vol, je n’en avais pas moins mérité l’enfer par mes nombreux péchés et qu’il était bien naturel que j’acceptasse avec joie et gratitude