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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/168

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VIE DE MÉLANIE

faire observer que, dans nos pays, c’est l’usage des bergers de dire qu’on reste un an, deux ans à tel endroit, quand on y passe les sept ou huit mois pendant lesquels les bêtes peuvent être conduites aux pâturages, c’est-à-dire de mars à la Toussaint, mais quelquefois jusqu’à la veille de Noël. C’est donc environ cinq mois que les bergers et bergères passent dans leur famille chaque année. Ma Maîtresse, pour être plus sûre de m’avoir l’année suivante, voulait me garder aussi pendant les quelques mois rigoureux de l’hiver ; elle me demanda si je voulais rester ; je lui répondis que j’étais sous l’obéissance de mes parents et que j’étais prête à faire ce qu’ils voudraient. Alors, un jeudi, elle partit pour Corps, afin de leur parler. Mon père était absent, ma mère donna la permission et je restai. Le Seigneur par miséricorde voulait me faire éprouver un peu la rigueur de l’hiver dans cette montagne[1].

À cette époque les allumettes n’existaient pas encore, du moins elles n’étaient pas connues dans nos petits pays : les familles avaient soin tous les soirs de couvrir de cendre la braise du foyer

  1. Elle avait pour tout vêtement une robe d’indienne et un fichu.