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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/123

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VIE DE MÉLANIE

naître mes lettres. Les enfants ne m’appelaient que la Muette, parce que je ne parlais jamais et que j’étais toujours dans un coin toute seule ; et quand la bonne Maîtresse m’appelait pour me faire dire ma leçon, il n’y avait pas moyen qu’elle me tirât une parole de la bouche. Un jour elle me forçait de lui dire pourquoi je ne voulais pas dire sa leçon. Je lui répondis que c’était parce que sa leçon ne disait pas joli, et que dans le ciel on ne disait pas des choses laides comme ça et que je ne voulais faire ici que ce que je devais faire avec ma Maman dans le paradis… « Et puis, ajoutai-je, je ne veux plus venir à l’école, parce qu’on y fait trop de bruit : j’ai peur que mon cœur l’entende, car mon petit Frère m’a dit bien des fois : Ma sœur ce que je vous recommande, c’est que vous fermiez votre petit cœur à tous les bruits du monde : n’écoutez pas ce que le monde dit, ne faites pas ce que le monde fait, ne croyez pas ce que le monde croit. » — « Et comment vous appelez-vous, mon enfant ? » reprit la maîtresse. — « Mon Frère m’a toujours dit Sœur, voilà mon nom ». Ce furent à peu près toutes les paroles de la Sauvage, pendant un an environ qu’elle fut à l’école.

Un jour de congé (je crois que c’était le Jeudi