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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/119

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VIE DE MÉLANIE

Peu de jours après, ma mère me croyant plus docile, voulut me porter à une comédie et vraiment je ne fis pas de résistance. J’avais résolu d’obéir, quoique intérieurement je sentisse de la répugnance ; mais j’avais donné mes sens à Dieu, je le priai de me préserver de voir et d’entendre aucune chose qui ne serait pas de son goût. Dans cette comédie un individu annonçait au public qu’il allait voir des choses stupéfiantes : qu’on allait couper la tête à un homme et qu’on la lui remettrait en place sans qu’il reste trace de la blessure. Ma mère me voyant tranquille était contente ; mais quand vint le moment aveuglant et que ma mère me dit : « Regarde, regarde, regarde bien là », je poussai un cri : « Ce n’est pas vrai ! ce n’est pas vrai ! mes yeux ne peuvent supporter l’artifice ! » et je pleurai si fort que ma pauvre mère dut, à son grand déplaisir, m’emporter. Arrivée à la maison, je fus renvoyée comme incorrigible, et vraiment j’étais terrible, je donnais continuellement du chagrin à ma chère mère.

Il était obscur, je n’aurais pas su aller dans les bois. J’eus l’idée d’aller dans l’église où mon père m’avait portée une fois. La prière du soir était faite, une seule personne s’y trouvait et faisait le chemin de la croix, c’était ma tante :