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Page:Calvat - Vie de Mélanie, bergère de la Salette.djvu/103

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VIE DE MÉLANIE

Frère, de chair vivante avec des yeux mouvants et une bouche parlante, en un mot il était l’égal du Jésus qui disait la belle sainte Messe ; il y était lié par les liens de son amour, mais il faisait le mouvement de vouloir se donner, il semblait m’appeler et vouloir entrer dans mon cœur ; je ne pouvais pas résister aux impulsions amoureuses qui m’entraînaient et m’attiraient à Lui. Il me dit : « Sœur de mon cœur, recevez l’Éternel Amour, le Dieu des forts », puis il disparut.

À peine l’eus-je reçu et eut-il touché mon cœur, que je me sentis une nouvelle vie et un désir plus pur de souffrir, de supporter les mépris, la pauvreté, l’abandon des créatures et mille morts pour la seule gloire de Dieu. Je me sentais abîmée dans mon néant jusqu’à disparaître à mes yeux, parce que le Tout m’avait couverte, pénétrée, remplie ; il me semblait que je n’existais plus ; mon cœur bondissait comme s’il voulait fendre ma poitrine ; je sentais les effets de l’amour vivifiant. Je n’essaierai pas d’expliquer ce qui est inexplicable : il faut l’avoir senti ; les deux extrêmes s’embrassèrent, l’infinie grandeur avec l’extrême néant. Depuis assez longtemps la vision avait disparu, mon cœur palpitait encore dans sa joie, dans son ravissement ; je restais comme