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LE PIRE N’EST PAS TOUJOURS CERTAIN.


Entre DON CARLOS. Il s’arrête derrière la tapisserie.

don carlos, à part.

Ayant entendu du bruit, et comme un cliquetis d’épées, je me suis hâté d’accourir, et je venais… mais non, ils ont abaissé leurs armes. Écoutons d’ici ce qu’ils disent. Il vaut mieux pour son honneur sans doute que cela s’arrangea l’amiable.


don diègue.

Voilà tous mes torts envers vous ; voilà tout mon crime. Décidez le parti qui convient le mieux à votre honneur.


don juan.

Don Diègue, vos explications sont d’accord avec diverses choses que j’ai apprises de Léonor.


don carlos, à part.

Qu’ai-je entendu ?… Il a nommé don Diègue et Léonor.


don juan.

Je n’ai qu’une question à vous faire… Est-ce la première fois que vous entrez ici la nuit pour lui parler ?


don diègue, à part.

Voilà une question insidieuse ; mais enfin je dois toujours sauver Béatrix. (Haut.) Non, don Juan. La nuit dernière, déjà, j’étais venu, et je suis sorti par ce balcon. En avouant ma faute, je jugeais inutile de rapporter ces circonstances.


don juan.

Cependant elles avaient beaucoup d’importance pour moi.


don carlos, à part.

C’était donc contre moi, hélas ! que devaient se vérifier les soupçons de don Juan !


béatrix, à part.

À présent qu’il est persuadé, à mon tour. (Haut.) Eh quoi ! don Juan, vous aviez une telle méfiance de votre sœur ?… et voilà la suivante que vous m’avez donnée de la main de votre dame ! (Bas, à Léonor.) Pardonnez, mon amie, et continuez.


léonor, bas, à Béatrix.

Que voulez-vous ?… Je ne vous comprends pas.


don juan.

Il n’est pas question de cela, Béatrix. Don Diègue, il est vrai, à certains égards me satisfait ; mais il suffit que Léonor ait été placée chez moi par la personne qui nous l’a envoyée pour que je sois tenu aux obligations que mon nom m’impose. Ainsi, bien que ce cavalier soit venu pour elle et non pour vous, je n’en dois pas moins châtier son audace.


don carlos, se montrant.

Non, non ! c’est moi seul qui ai droit de me plaindre ; c’est à moi seul de me venger !