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JOURNÉE II, SCÈNE II.


inès.

Un moment ! un moment, madame ! Si tel est votre désir, vous serez satisfaite. Je ne prévois rien qui nous puisse gêner. S’il vient ici et qu’il demeure, nous n’aurons pas à nous alarmer, puisque nous savons comment il peut s’échapper.


béatrix.

Fort bien. Cependant, Inès, je ne voudrais pas qu’il me crût éprise de lui au point d’oublier sa conduite et de chercher moi-même des motifs d’excuse en sa faveur.


inès.

Il Y a moyen d’arranger tout.


béatrix.

Et comment ?


inès.

Voici comme. Je lui dirai que vous êtes irritée et désolée à cause de lui au dernier point, et que vous m’avez défendu mille et mille fois de rien recevoir de sa part, ni lettre ni message ; que cependant, pour lui faire plaisir, je puis me risquer…


béatrix.

À quoi donc ?


inès.

À le faire entrer en un lieu où il puisse vous parler. Et de la sorte j’obtiens trois choses : d’abord, qu’il vous voie ; puis ensuite, que vous n’aurez pas l’air de faire les avances ; et enfin, troisièmement, qu’il m’en ait l’obligation.


béatrix.

Inès, je suis jalouse ; tu as de l’esprit ; je t’en ai dit assez ; fais maintenant ce que tu voudras. Mais ne parlons plus de cela : Isabelle finirait par soupçonner quelque chose.


Entre LÉONOR, avec des fleurs artificielles.

léonor.

Voici, madame, les fleurs que vous m’avez demandées.


béatrix.

Je les verrai plus tard, Isabelle. En ce moment, je n’ai de goût à rien.


léonor.

Je ne dois pas m’étonner de mon peu de succès, servant sous une mauvaise étoile.


béatrix.

Et moi, je ne dois pas m’étonner de mes chagrins, aimant sous une étoile pire encore ?

Elle sort.

léonor.

Qu’est-ce donc, Inès, qui cause les ennuis de doña Béatrix ?