Page:Calderón - Théâtre, trad. Hinard, tome II.djvu/297

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
287
JOURNÉE I, SCÈNE II.


roberto.

Eh bien ! puisque vous m’approuvez, retirez-vous de ce côté, où vous risquez moins d’être découvert. Ici l’on pourrait vous voir. Déjà le soleil de ses premiers rayons commence à dorer le sommet des coteaux.


frédéric.

Toi, mon ami, si tu vas à la cour et que tu y voies la princesse Marguerite, dis-lui que je suis un amant si vain, si léger, si misérable, si indigne, que je suis loin d’elle et que je vis !

Ils sortent.

Scène II.

Une autre partie du bois.
Entrent DOÑA HÉLÈNE, ENRIQUE et LIONEL, en costume de voyage.

hélène.

Pendant que nos chevaux, fatigués d’une course si longue, se reposent un instant, et se rafraîchissent à ces eaux limpides, — toi, Lionel, prends les devans, et rends-toi à Miraflor. Tu diras mon malheur, et que je viens vivre au milieu de ces montagnes. (Lionel sort.) Dieu veuille que leurs rustiques habitans ne me fassent pas repentir de ma détermination.


enrique.

Madame, comme je n’étais pas à Naples lors de ces fêtes malheureuses, oserai-je vous prier, comme un serviteur loyal, de vouloir bien me confier vos peines ? — Rien, dit-on, n’adoucit la douleur comme d’en faire part à quelqu’un qui la doit partager.


hélène.

On avait publié dans toute l’Italie la mort infortunée du prince Henri, héritier de ce royaume, et la douleur publique qui accueillit cette nouvelle fut comme le présage d’un autre malheur non moins grand. — Le roi de Naples se voyant privé de son fils, et considérant son âge avancé, résolut de donner à l’infante Marguerite un époux digne d’elle. Dans cette pensée, il convoqua à sa cour tous les princes d’Italie. Tous accoururent, et tous en voyant la princesse furent épris de sa beauté. Mais plus vivement encore que tous les autres, mon frère, don Pèdre Sforze, éprouva l’empire de ses charmes, et pour témoigner son amour, — tu sais quel était son bouillant courage, — il envoya des cartels dans toute l’Europe, convoquant tous les chevaliers à un tournoi dans lequel il s’engageait à soutenir que l’infante Marguerite était la princesse la plus parfaite et la plus digne d’être aimée qu’il y eût au monde. — Les femmes doivent excuser ces prétentions d’un homme amoureux ; tout amant a de la beauté de sa belle et de sa supériorité la même opinion… — Au bruit de ce tournoi, accoururent de tous les pays de l’Europe les princes les plus braves, les plus vaillans chevaliers, et en attendant