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AIMER APRÈS LA MORT.


don fernand.

Le monde, et même plusieurs mondes, seraient peu pour nous vaincre, alors même que celui qui marche sur noire impénétrable retraite serait le fils de Mars au lieu d’être celui de Charles-Quint. Qu’ils couvrent d’apprêts militaires la chaîne entière de ces montagnes, ces montagnes seront leurs tombeaux, et ces rochers leur serviront de monumens funèbres. Et puisque enfin la fortune nous offre l’occasion de les combattre, qu’ils nous trouvent sous les armes, prêts a lutter contre toutes leurs forces. Pour cela, que chacun retourne à son poste. Toi, Malec, à Galère ; toi, Tuzani, à Gabia ; moi, je reste à Berja. Que celui de nous sur qui le destin fera tomber le premier choc des chrétiens compte sur la protection d’Allah, car c’est la cause d’Allah que nous défendons. Retourne à Gabia, mon cher Tuzani, et ces fêtes qu’attend ton amour impatient, nous les célébrerons après la victoire.

Tous sortent, excepté don Alvar, doña Clara, Alcouzcouz et Béatrix (Zara).

clara.

Ô mon bonheur ! ô ma joie !
Ne dites pas à qui vous êtes.


don alvar.

Car à votre peu de durée,
Il se voit bien que vous êtes à moi.


clara.

Félicités trompeuses,
Qui expirez avant de voir le jour.


don alvar.

Roses cueillies avant le temps,
Fleurs tombées avant le jour,


clara.

Si fanées et flétries,
Vous tombez au premier souffle,


don alvar.

Ne dites point que vous donnez le bonheur,


clara.

Puisqu’on ne peut vous posséder.


don alvar.

Non, non, mon bonheur, ma joie,
Ne dites pas à qui vous êtes.


clara.

Car à votre peu de durée
Il se voit bien que vous êtes à moi[1].


don alvar.

Dans un si grand ennui, j’ose à peine, chère Maléca, t’adresser la

  1. Nous avons cru devoir abréger cette espèce de duo, qui ne peut avoir de charme qu’écrit en vers espagnols, et par Calderon.