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AIMER APRÈS LA MORT.


don alvar.

Vous auriez dû m’avertir qu’il y avait du monde ici.


mendoce.

Puisque c’était pour vous donner la vie, ne vous plaignez pas : ce serait moi, nu contraire, qui devrais me plaindre, puisque, cette personne vous protégeant, j’ai deux adversaires à la fois… Elle a eu tort de vous secourir ; je connais les lois de l’honneur, et votre chute étant l’effet du hasard, je vous aurais laissé relever.


don alvar.

Je suis doublement obligé à cette dame, d’abord pour m’avoir sauvé la vie, et ensuite pour m’avoir rendu ce service avant qu’il me fût offert par vous ; ainsi, ne vous devant rien, mon courage est tout prêt à recommencer le combat.


mendoce.

Il ne tient qu’à vous, don Alvar.

Ils se battent.

isabelle, à part.

Que ne puis-je appeler du secours !


don alvar.

On frappe !


mendoce.

Que faire ?


don alvar.

Que l’un de nous tue l’autre ; le survivant ouvrira.


mendoce.

C’est bien dit.


isabelle.

Et moi, je vais ouvrir pour qu’on entre.


mendoce.

N’ouvrez pas !


don alvar.

N’ouvrez pas !

Isabelle ouvre.


Entrent LE CORRÉGIDOR et DON FERNAND.
Le Corrégidor retient Isabelle qui veut sortir.

isabelle.

Cavaliers, ces deux hommes que vous voyez là veulent se tuer.


le corrégidor.

Restez, madame ; puisqu’ils se battent devant vous, c’est vous, sans doute, qui êtes la cause de leur combat.


isabelle, à part.

Hélas ! en voulant les sauver je me suis perdue !


don alvar.

Je ne souffrirai point qu’une dame à qui je dois la vie se trouve dans une position fâcheuse ; et, d’ailleurs, il me suffira de dire la