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À OUTRAGE SECRET VENGEANCE SECRÈTE


Scène II.

Un terrain entre la mer et la maison de campagne de don Lope.
Entrent MANRIQUE et SYRÈNE.

manrique.

Douce Syrène, dont la vue me séduit, me captive et m’enchante, est-ce que tu viens ici, par hasard, pour apprendre à chanter de la sirène de la mer ?


syrène.

Tu m’ennuies, laisse-moi.


manrique.

Ah ! Syrène, de grâce !…


syrène.

Que veux-tu ?


manrique.

Écoute, je te prie, un sonnet héroïque, tendre et plein d’esprit, que j’ai composé à ton intention. C’est le premier des mille cent et un que je t’ai promis.


syrène.

Voyons ce sonnet.


manrique.

Je l’ai dans ma poche… (Il cherche.) Je l’avais bien pourtant… (Il tire un papier de sa poche.) Ah ! le voici. Écoute-moi cela.

Il lit.

Ô joli ruban vert dont la couleur rappelle
À mes yeux étonnés le gazon du printemps ;
Ô toi qui…


syrène, l’interrompant.

Ma foi ! seigneur Manrique, assez, si vous voulez.


manrique.

Comment ?


syrène.

Restons-en là.


manrique.

Pourquoi ?


syrène.

Parce que…


manrique.

Est-ce que vous trouvez que je ne lis pas bien ? Cependant… «  Ô toi qui… »


syrène.

Laissons cela pour une autre fois.


manrique.

Vous ne m’encouragez guère pour les mille et cent qui restent.


syrène, à part.

Il faut que je l’attrape, ce drôle. (Haut.) Aujourd’hui dites-moi