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JOURNÉE III, SCÈNE I.


Entre DON JUAN. Il poursuit plusieurs hommes qui fuient.

don juan.

Misérables que vous êtes ! je l’ai vengé mon démenti !


un homme, fuyant.

Fuyons ! fuyons ! Par ici !

Il sort.

une voix, derrière le théâtre.

Je suis mort !


don lope, à part.

N’est-ce pas don Juan que j’aperçois ? (À don Juan.) Vous m’aurez pour second. Disposez de mon bras, de mon épée, mon ami.


don juan.

Si je vous ai avec moi, je ne crains pas l’univers.


don lope.

Ils ont fui. Si vous tenez à les poursuivre, courons.


don juan.

Les lâches ! les misérables !


don lope.

Que s’est-il donc passé ?


don juan.

Ah ! don Lope !


don lope.

Calmez-vous, mon ami.


don juan.

J’en mourrai de douleur et de rage.


don lope.

Qu’est-ce donc ?


don juan.

Je viens de recevoir à l’instant une nouvelle insulte à propos de cette offense que je croyais oubliée, car je me flattais de l’avoir ensevelie dans ma vengeance. Mais, hélas ! je m’abusais ; la vengeance que l’on tire d’un outrage ne l’efface pas.


don lope.

Expliquez-vous, mon ami, de grâce !


don juan.

Quand je vous ai eu quitté, je m’en suis allé de ce côté, dans le but de retourner à cette campagne où vous avez transporté votre maison pour le temps de votre absence. Je m’en allais sans songer à rien, ou du moins l’esprit occupé de toute autre chose. J’étais parvenu là-bas, vers cette plage battue par la mer. Il y avait là quelques hommes qui formaient un groupe. Au moment où je passais, l’un d’eux dit aux autres : « Voilà don Juan de Silva. » — Moi, en entendant mon nom, je prêtai l’oreille. — « Et qui est ce don

    de Tirso de Molina, à qui notre poète a aussi emprunté plusieurs détails du Médecin de son honneur.